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Notre commentaire sur l'Etude de la Société canadienne de Pédiatrie
Contribution au débat sur les armes à feu

Prévention des décès causés par les armes à feu chez les enfants et adolescents canadiens

(les commentaires de Tirsportif sont inclus en rouge dans le texte ; ils ont pour but de faire un parallèle avec la situation française)

Comité de la médecine de l'adolescence, Société canadienne de pédiatrie (SCP) / Approuvé par le conseil d'administration de la SCP en 1994 / No de référence : AM95-01

Contenu


Résumé

Chaque année au Canada, environ 1 400 personnes meurent des suites d'une blessure causée par une arme à feu1. Ces blessures se produisent lors d'une tentative d'homicide ou de suicide ou lors d'un tir involontaire (accidentel). Le nombre de victimes blessées qui survivent est beaucoup plus élevé. Les coûts que doit absorber le système de santé canadien pour soigner ces seuls survivants sont évalués à 70 millions de dollars par année2.

Le premier défaut majeur de cette étude est qu'elle ne différencie pas les détenteurs d'armes selon qu'ils les possèdent de manière légale ou illégale. Or il n'est pas possible d'analyser de la même façon la mortalité des criminels de celle des honnêtes gens car les comportements criminels sont par essence enclins à la violence. Il n'est en effet pas nécessaire de faire une étude pour découvrir que la probabilité pour un dealer de crack armé de mourrir par arme à feu est importante.Dès lors on ne peut rien conclure de cette étude.

Parmi ce nombre, on compte des enfants et des adolescents. Les enfants de 14 ans et moins risquent davantage d'être victimes d'une blessure ou d'un homicide involontaire (accidentel), tandis que chez les 15 à 19 ans, pour qui les blessures par balle constituent l'une des principales causes de décès, les suicides à l'aide d'une arme à feu représentent la majorité des décès3.

Ce cas ne s'applique pas en France où l'obligation de sécuriser le stockage existe. Le nombre d'accidents mortels provoqués par armes à feu est d'ailleurs tout à fait insignifiant dans notre pays.

Les étapes du développement de l'enfant et de l'adolescent rendent les jeunes vulnérables aux risques qu'occasionne la présence d'une arme à feu à la maison. En effet, les études démontrent que la présence d'une telle arme accroît la probabilité que l'adolescent réussisse une tentative de suicide à la maison4,5.

Les psychiatres affirment que la période de O à 3 ans est celle où l'enfant apprend le plus, mais aussi pendant laquelle il est le plus vulnérable. Des épisodes de terreur, de coups, ou même de simple négligence, modifient le cerveau de l'enfant sous l'effet d'un afflux de composés chimiques libérés par le stress, comme l'a démontré le Dr Bruce Perry (Baylor College of Medicine) dans une étude. « L'environnement du bébé programme le système nerveux de l'adulte et le rend plus ou moins vulnérable au stress », déclare le biologiste Michael Meaney (McGill University), cité par l'hebdomadaire « Newsweek ». Ces traumatismes subis pendant la petite enfance et les humiliations couramment infligées à l'école aux adolescents forment un cocktail explosif.
L'histoire médico-sociale de l'enfant offre donc les clés du comportement du teenager. Ce n'est pas une affaire de gènes ou de lobes frontaux, comme l'affirmait la médecine traditionnelle des années cinquante et soixante. Il s'agit plutôt d'un mélange de stress et de souvenirs pénibles qui rend l'adolescent insensible à la détresse de son prochain et incapable de compassion.
Le dépistage est donc possible. Les actes ultra violents sont souvent précédés de signes de cruauté, envers les animaux. Ainsi en 1997, Luke Woodham, qui a tué trois élèves de son école et en a blessé sept autres à Pearl, dans le Mississippi, avait au préalable battu son chien à mort et brulé le corp de l'animal.
Par ailleurs, les épisodes ultra violents diffusés à la télévision peuvent affecter le comportement futur des jeunes enfants. Or la sur-violence télévisuelle n'est apparue qu'il y a une vingtaine d'années, ce qui correspond à l'âge actuel des nouveaux délinquants, alors que dans le même temps, le nombre d'armes en circulation en France est resté stable, voire a décru.

Depuis quinze ans, on s'intéresse de plus en plus au problème de santé public posé par les décès et les blessures causés par une arme à feu. Des études contrôlées impartiales et rigoureuses menées à l'aide de méthodologies statistiques acceptées prouvent l'effet bénéfique d'une loi sur le contrôle des armes à feu sur le nombre de décès causés par celles-ci6-8. Les restrictions sur les armes à feu semblent influencer davantage la jeune population que la population plus âgée9,10. En raison de la nature plus impulsive de leurs gestes, les jeunes semblent plus susceptibles de se laisser décourager par l'absence de méthodes meurtrières.

Ici apparaît le défaut principal de cette étude, que l'on retrouve d'ailleurs plus loins. En effet elle part du postulat fondé sur "des études contrôlées impartiales et rigoureuses", que la loi sur le contrôle des armes est bénéfique. L'étude n'a d'autre but que de le démontrer plutôt que de savoir si ce fait est avéré. Parallèlement, parlant du suicide, elle se borne à étudier l'outil "arme à feu", plutôt que de chercher à en dévoiler les causes. Etonnant de la part de médecins dont on aurait pu attendre qu'ils s'appuient sur la psychiatrie pour apporter quelques réponses.

La mortalité due aux armes à feu chez les enfants et adolescents canadiens

Au pays, 23 % des Canadiens détiennent une arme à feu à domicile. Ce pourcentage varie d'un minimum de 15 % in Ontario à un maximum de 67 % au Yukon et dans les Territoires-du-Nord-Ouest11.

Ces chiffres sont très importants, car l'étude s'appuie beaucoup sur eux pour alimenter son argumentation. Or l'étude oublie de dire que si 23% des Canadiens détiennent une arme à feu à domicile, cela signifie que près de 60% d'entre-eux ont accès à une arme car l'accès à l'arme va au delà de son simple détenteur. Il est ainsi raisonnable de dire que l'ensemble de la famille et certains amis peuvent y avoir accès. L'ensemble de l'argumentaire et des pourcentages qui suivent en dépendent.

En 1992, 153 enfants de 1 à 19 ans sont décédés des suites d'une blessure causée par une arme à feu au Canada. La majorité (130) de ces 153 décès est survenue chez les 15 à 19 ans, à cause du nombre élevé de suicides à l'aide d'une arme à feu (103). Ces suicides constituaient alors 11% de tous les décès chez les 15 à 19 ans. La même année, le suicide parmi ce groupe d'âge représentait la deuxième cause de décès en importance, et les armes à feu, la principale méthode utilisée pour réussir une tentative de suicide. En 1992, 41% de ces suicides étaient effectués à l'aide d'une arme à feu. Si l'on compare les diverses causes de décès parmi la même population, on remarque que plus d'enfants sont décédés des suites d'une blessure causée par une arme à feu qu'en raison d'une chute accidentelle (14), d'une noyade (27) et d'un incendie (11) combinés. Le cancer (96) a réclamé moins de victimes que les armes à feu parmi les 15 à 19 ans.

L'étude fait un amalgame permanent entre décès par armes à feu, décès totaux, suicide totaux, suicides par arme à feu et tentatives de suicides, de sorte qu'il est impossible d'avoir de point de repère sérieux. Il faut donc les reprendre un à un. Parallèlement chaque partie de l'étude analyse un aspect seulement d'une tranche d'âge donnée à une date donnée, ce qui ne permet pas sérieusement de tirer des conclusions générales.

  • En 1992, pour la tranche 15-19 ans, 41% des suicides ayant entraînés la mort l'ont été au moyen d'une arme à feu. Or si 60% de la population a accès à une arme, ce chiffre n'est pas étonnant. Il ne prouve pas que l'arme favorise le suicide mais simplement que si l'on a une arme sous la main, on se suicide plus avec elle qu'avec autre chose.
  • Toutefois il serait intéressant de connaître l'évolution du taux de suicide de cette même tranche depuis une trentaine d'années, et de le comparer à l'évolution du % de la population ayant accès à une arme. On se rendrait sans doute compte que ce dernier pourcentage est resté stable alors que le taux de suicide s'est accru et l'on prouverait alors que la cause ne réside pas dans l'outil utilisé mais ailleurs. Peut-être les jeunes ne souhaitent-ils simplement plus vivre dans la société que les Etats leur offrent?

Sur les 23 décès survenus parmi le groupe des 1 à 14 ans, la plupart découlait d'une blessure involontaire ou d'un homicide. Si l'on compare les décès causés par une arme à feu chez les 1 à 14 ans avec les autres causes de décès en 1992, on s'aperçoit que le nombre de décès causés par une arme à feu est supérieur au nombre de décès par étouffement. Plus d'enfants sont morts des suites d'une blessure causée par une arme à feu qu'en raison d'un empoisonnement accidentel (6) et d'une chute (10) combinés. Nous réclamons des bouchons à l'épreuve des enfants et l'étiquetage des substances dangereuses et finançons des centres de contrôle antipoison afin de réduire les décès par empoisonnement chez l'enfant.

De nombreux produits de consommation sont réglementés parce qu'ils posent des dangers pour les enfants. Selon nous, les décès causés par une arme à feu chez les jeunes enfants méritent des efforts comparables en matière de loi et d'éducation.

On retrouve ici le postulat implicite de l'étude : La législation sur les armes est une bonne chose; Nous nous proposons de le prouver. Ce postulat implicite ruine en fait toute la crédibilité de l'étude. D'ailleurs ces micro-analyses ne comportent aucune vue d'ensemble. Sur la tranche 1-14 ans, on nous parle d'étouffements, d'empoisonnement ou de chute accidentelle, sans avoir accès à un véritable tableau hiérarchisé des décès de cette tranche d'âge, ce qui aurait pourtant été essentiel pour une analyse sérieuse. Aucun chiffre n'est d'ailleurs cité pour ce qui est des décès par armes à feu.

Il faut néanmoins noter que l'argumentaire présenté ici pour la tranche 1-14 ans ne tient pas pour la France, en raison de l'obligation de sécurisation du stockage des armes.

Le développement de l'enfant et de l'adolescent

Les enfants

  1. Le développement des jeunes enfants ne leur permet pas de comprendre la permanence et la gravité d'une blessure causée par une arme à feu. Les jeunes enfants peuvent penser à tort qu'ils sont capables de manier une arme à feu d'une main experte malgré leur coordination motrice déficiente et leur manque de connaissances au sujet de l'usage sécuritaire des armes à feu. Une étude effectuée auprès d'enfants impliqués dans des tirs accidentels démontre que souvent, les enfants ne savaient pas l'arme chargée ou pensaient qu'il s'agissait d'une arme-jouet12. Cependant, la présence d'une arme chargée au cran d'arrêt retiré représente le facteur décisif de ces tirs.

Le paragraphe montre clairement que "la présence d'une arme chargée au cran d'arrêt retiré représente le facteur décisif de ces tirs", donc des décès accidentels. Nous retrouvons ici le caractère judicieux de la législation française qui impose la sécurisation du stockage des armes. Toutefois, les Canadiens nous montrent que notre législation est allée trop loin, et qu'un simple verrou de pontet (99 FF) aurait largement suffi pour réduire à néant le nombre d'accidents chez les enfants. (un coffre fort vaut près de 2000 FF). C'est qu'en fait la problématique accidentelle n'est que secondaire pour le législateur français. Celui-ci a en fait voulu rendre le citoyen responsable de l'éventuel vol de son arme.

  1. Les enfants sont dotés d'une curiosité naturelle face aux objets qui les entourent, en particulier des objets interdits. Quelles que soient les règles ou l'éducation au sujet des armes à feu, les jeunes enfants ne possèdent pas le contrôle intériorisé pour s'abstenir de jouer avec un objet tentant et interdit. Un enfant peut agir de manière impulsive et se montrer tout à fait insouciant des conséquences dévastatrices de ses gestes.

Ce paragraphe affirme que quelque soit leur éducation, ils ne peuvent s'empêcher de jouer avec une arme à feu. Ce fait n'est pas avéré. En outre, comme dit précédemment, le verrou de pontet suffit à rendre une arme aussi inoffensive qu'un ours en peluche. Et pour se détendre un peu, je profite de ce sujet pour attirer l'attention des pouvoir publics sur l'impérieuse nécessité, basée sur des études statistiques éprouvées, de légiférer afin que l'acquisition et la détention des jouets en peluche, qui sont à l'origine de nombreux étouffements chez les enfants chaque année, soient désormais soumis à autorisation. Il serait même sans doute souhaitable de classer désormais ces peluches en plusieurs catégories en fonction de leur calibre notamment...

Les adolescents

  1. Identité et influence des camarades : Alors qu'ils tentent de découvrir leur identité, les adolescents adoptent souvent des comportements qu'ils perçoivent comme «adultes». La consommation de cigarettes et d'alcool en constituent des exemples, et le maniement d'une arme peut également leur procurer une impression de maturité. En plus de désirer se donner un air adulte, les adolescents veulent que leurs camarades les respectent et les admirent, et l'utilisation d'une arme peut représenter un moyen de les impressionner13.
  2. Sentiment d'invulnérabilité : Même si les adolescents peuvent comprendre les dommages éventuels découlant d'un comportement téméraire, ils ont malheureusement tendance à penser : «Ça ne m'arrivera pas à moi».
  3. Indépendance : Pour l'adolescent, prendre des risques représente un moyen courant d'affirmer son indépendance. Les dommages éventuels que peut causer une arme à feu s'avèrent de toute évidence (nous croyions la science exempte de toute évidence?) plus élevés que toute autre forme de risque.
  4. Immaturité cognitive et émotive : Il se peut que les adolescents plus jeunes fassent partie des «penseurs concrets», incapables de généraliser à partir de cas particuliers ou d'appliquer des généralisations à des cas précis. Ils font ainsi preuve d'un manque de jugement par rapport à l'utilisation des armes à feu. L'absence de contrôle joue également un rôle dans l'expérimentation d'armes à feu.
  5. Abus d'intoxicants : Nombre des homicides et des suicides causés par une arme à feu sont associés à un taux élevé d'alcool et d'autres substances dans le sang14. L'alcool et la drogue désinhibent quelque peu les adolescents dans leurs gestes et les incitent à adopter des comportements plus dangereux.

Cette partie de l'étude est assez éloquente. On y trouve, à une exception près, la description de ce que sont les adolescents depuis toujours : influençables, indépendants, immatures cognitivement et émotivement, et se croyant invulnérables. Or les armes à feu ne deviennent un problème depuis une vingtaine d'année que parce qu'elles sont désormais associés à trois phénomènes : l'abus d'intoxicants (notamment par la banalisation des drogues douces), l'abondance et la banalisation de l'ultra-violence dans les jeux vidéos et l'audio-visuel, la démission des parents et de l'Etat au regard de l'enseignement de la discipline.

Or apprendre le respect, la discipline et l'interdit est d'autant plus fondamentale pour l'enfant qu'il se façonne et se structure autour de ces principes pour le reste de sa vie. Un enfant à qui on n'a jamais interdit quoi que ce soit, n'a pas de point de repère structurant lui permettant, quand il est plus âgé de différencier le bien du mal. De même il ne dispose pas des armes psychologiques qui lui permettent d'auto-censurer ses pensées et ses actes.

Les risques d'une arme à feu à la maison

Brent et ses collaborateurs, dans le JAMA (Journal of the American Medical Association)4, concluent ainsi : «La présence d'arme à feu à la maison, quel qu'en soit le type ou le mode d'entreposage, semble accroître le risque de suicide chez les adolescents». Dans un article publié dans le New England Journal of Medicine, Kellermann et Reay démontrent que «pour chaque homicide par légitime défense au domicile à l'aide d'une arme à feu, on compte 1,3 mort accidentelle, 4,6 homicides criminels et 37 suicides causés par une arme à feu»15. Autrement dit, les propriétaires d'arme risquent de tuer avec leur arme 43 fois plus dans le cadre d'une dispute conjugale, d'une tentative de suicide ou d'un accident que pour se protéger.

Voilà une étude scientifique qui démontre des choses en se basant sur des articles de journaux, aussi éminents soient-ils. C'est une farce !!! Et la conclusion qui en est tiré est une farce de plus. En effet un suicide par arme à feu est un acte personnel, donc sur et rarement manqué alors que l'utilisation d'une arme à feu dans le cadre d'une action de légitime défense débouche rarement sur un homicide. Et c'est heureux car l'intention première de l'arme est le plus souvent d'effrayer. Je ne connais pas de citoyen honnête qui souhaite la mort de son prochain. Et quand bien même l'arme serait utilisée, elle ne débouche pas non plus systématiquement sur un décès. Il aurait donc fallu comparer le nombre de fois que l'arme est sortie pour se défendre au nombre de fois qu'elle est sortie pour se suicider. Il aurait également fallu mesurer le nombre de décès que l'intervention d'une arme a permi d'empêcher. A moins que l'étude scientifique de certains chiffres ne soient politiquement incorrecte.

Les avantages d'une loi sur le contrôle des armes

Le taux de suicide au Canada a diminué dans les années suivant la loi fédérale de 1978 sur le contrôle des armes. Les suicides ont décru de manière plus significative chez les Canadiens de moins de 40 ans. Chez ces Canadiens plus jeunes, le taux de suicides commis avec une arme à feu a diminué sans pour autant s'accroître avec les autres méthodes. Ainsi, le taux de suicides total a diminué10

N'importe quel mathématicien le dirait, la correlation établie ici entre la législation sur les armes et les suicides ne prouve pas forcément le point. On aurait ainsi pu déterminer une corrélation équivalente avec des jours d'ensoleillement ou constater qu'il y avait moins de suicides les jours où le baromètre était à 1025 mb, sans pour autant qu'il y ait de relation de cause à effet. En revanche il est évident qu'en supprimant les armes, on supprime les suicides par arme à feu, de même qu'en supprimant les voitures, on supprime les accidents de voiture. Le problème essentiel qui se pose est donc bien de savoir s'il est légitime de supprimer le droit de propriété sur une arme et de réduire parallèlement la liberté individuelle du citoyen. Ce point est fondamental et est traité dans le chapître ANALYSE. Car des médecins pourraient bien prouver dans 20 ans que les gens à qui l'on fait passer leur vie avec des menottes attachées dans le dos se suicident moins que les autres ; et en tirer des conclusions... Bienvenue dans le meilleur des mondes.

L'étude de Sloan et ses collaborateurs comparant le taux de suicides à Vancouver et Seattle prouve que parmi les plus jeunes groupes d'âge à l'étude (15 à 24 ans), le taux de suicides à l'aide d'une arme à feu est inférieur à Vancouver (où les lois sur le contrôle des armes s'avèrent plus strictes qu'à Seattle)9. Même si le taux de suicides effectués sans arme à feu est comparable dans les deux villes parmi ce groupe, le taux de suicides total s'avère beaucoup plus faible à Vancouver parmi ce groupe d'âge. Chez les adolescents, le suicide constitue souvent un geste impulsif, et non le résultat d'un trouble mental chronique. L'absence d'arme meurtrière peut se révéler un incitatif majeur pour que l'adolescent reconsidère son désir de suicide. Par ailleurs, il peut choisir une méthode moins meurtrière, comme l'empoisonnement, et profiter d'une intervention médicale d'urgence puis d'un traitement en santé mentale.

Mêmes remarques que précédemment.

Recommandations

  1. L'enregistrement de toutes les armes à feu : Selon toute probabilité un système d'enregistrement favoriserait une utilisation et un entreposage plus responsables des armes à feu et permettrait d'obliger un entreposage plus sécuritaire.
  2. Une étude récente rapporte que dans la moitié des ménages propriétaires d'un fusil, ce dernier n'a pas servi au cours de l'année précédente11. Ces ménages remettraient peut-être en question leur besoin d'arme à feu s'ils devaient l'enregistrer.

    L'objectif ici est-il d'enregistrer toutes les armes, ce qui nous paraît être une excellente mesure pour éradiquer le traffic et la possession illégales d'armes ? On voit bien que non ! L'objectif implicite est de supprimer les armes par ce moyen détourné : d'abord enregistrer les armes, puis les supprimer quand on sait qui les possède.

    À l'heure actuelle, on ne peut qu'estimer le nombre et le type d'armes à feu en circulation au Canada. Un système d'enregistrement procurerait aux fonctionnaires de la santé une base de données nationale essentielle pour élaborer des méthodes de recherche visant à prévenir les décès causés par une arme à feu.

  3. Des restrictions supplémentaires à l'égard des armes de poing : Les armes de poing risquent davantage d'être utilisés de manière impulsive, en raison de leur petite taille et de leur maniabilité.

Une fois de plus on cherche à interdire, plutôt qu'à informer, éduquer, former ou simplement trouver les mesures qui permettent d'allier le respect de la liberté et de la propriété à un besoin d'améliorer la santé publique.

  1. La mise en vigueur de normes strictes en matière d'entreposage des armes à feu : Un adolescent ou un jeune adulte déterminé franchira presque tous les obstacles pour se procurer une arme à feu, mais les plus jeunes se laissent décourager plus facilement par un mode d'entreposage sécuritaire. Le scénario le plus courant de tir accidentel chez les enfants exige la présence d'une arme à feu chargée au cran d'arrêt retiré.

Cette mesure est pertinente. Toutefois un adolescent ne franchira pas tous les obstacles pour se procurer une arme à feu s'il souhaite se suicider impulsivement. L'entreposage dans un coffre fort ou la neutralisation de l'arme par un verrou de pontet est une mesure utile et suffisante.

  1. L'apprentissage des dangers que représente une arme à feu à la maison pour les propriétaires d'armes à feu : Inclure la sensibilisation au développement dans le cadre des programmes d'entraînement à l'intention des propriétaires d'armes qui ont des enfants et des adolescents à la maison. Ces derniers devraient connaître les risques que les armes représentent pour leurs enfants et leurs adolescents et savoir comment réduire ces risques au minimum.

Voilà une mesure des plus sensée! Les honnêtes citoyens sont toujours affligés par la survenue d'un accident ou d'un suicide. Je n'en connaît pas qui ne souhaiterait pas disposer de l'information la plus complète pour les prévenir.

Références

  1. Statistics Canada. Mortality – Summary list of causes, 1992, March 1995; cat. no. 84-209
  2. Miller TR. Costs associated with gunshot wounds in Canada in 1991. Can Med Assoc J 1995;153(9):1261-8
  3. Leonard KA. Firearm deaths in Canadian adolescents and young adults. Can J Public Health 1994;85(2):128-31
  4. Brent DA, Perper JA, Allman CJ et al. The presence and accessibility of firearms in the homes of adolescent suicides. A case-control study. JAMA 1991;266(21):2989-95
  5. Brent DA, Perper JA, Goldstein CE et al. Risk factors for adolescent suicide. A comparison of adolescent suicide victims with suicidal inpatients. Arch Gen Psychiatry 1988;45(6):581-8
  6. Killias M. International correlations between gun ownership and rates of homicide and suicide. Can Med Assoc J 1993; 148(10):1721-5
  7. Loftin C, McDowall D, Wiersema B et al. Effects of restrictive licensing of handguns on homicide and suicide in the District of Columbia. N Eng J Med 1991;325(23):1615-20
  8. Sloan JH, Kellermann AL, Reay DT et al. Handgun regulations, crimes, assaults, and homicide. A tale of two cities. N Eng J Med 1988;319(19):1256-62
  9. Sloan JH, Rivara FP, Reay DT et al, Firearm regulations and rates of suicide. A comparison of two metropolitan areas. N Eng J Med 1990;322(6):369-73
  10. Moyer S, Carrington P. Gun availability and firearms suicide. A final report to Department of Justice Canada, March 1992
  11. Angus Reid Group, Inc. Firearm ownership in Canada, March 1991
  12. Wintemute GJ, Teret SP, Kraus JF et al. When children shoot children – 88 unintended deaths in California. JAMA 1987; 257(22):3107-9
  13. American Academy of Pediatrics Committee on Adolescence. Firearms and adolescents. Pediatrics 1992;89:784-7
  14. Rowe BH, Therrien S, Johnson C et al. Regional variations of northern health: The epidemic of fatal trauma in Northeastern Ontario. Can J Public Health 1995;86(4):250-4
  15. Kellermann AL, Reay DT. Protection or peril? An analysis of firearm-related deaths in the home, N Eng J Med 1986; 314(24):1557-60

Comité de la médecine de l'adolescence

Membres : Les docteurs Eudice Goldberg, The Hospital for Sick Children, Toronto ON; Miriam K. Kaufman (présidente et coauteur), The Hospital for Sick Children, Toronto ON; Deborah A. Lindsay, Children's Hospital, Winnipeg MB; Andrew Lynk (directeur responsable), Sydney NS; Larry Brian Pancer, Markham ON; Roger Sherriff Tonkin, Sunny Hill Hospital for Children, Vancouver BC.
Conseillers : Les docteurs Jean-Yves Frappier, Hôpital Ste-Justine, Montréal QC; Diane Sacks, The Hospital for Sick Children, Toronto ON; Michael Westwood, Lakeshore General Hospital, Pointe-Claire QC.
Auteur principal : Docteur Katherine A. Leonard, Toronto ON.