Prévention
des décès causés par les armes à feu chez les enfants et adolescents canadiens
(les commentaires de Tirsportif sont inclus en rouge dans le texte ; ils ont pour
but de faire un parallèle avec la situation française)
Comité de la
médecine de l'adolescence, Société canadienne de pédiatrie (SCP) / Approuvé par
le conseil d'administration de la SCP en 1994 / No de référence :
AM95-01
Contenu
Résumé
Chaque année au Canada, environ 1 400 personnes meurent des
suites d'une blessure causée par une arme à feu1. Ces blessures se produisent lors
d'une tentative d'homicide ou de suicide ou lors d'un tir involontaire (accidentel). Le
nombre de victimes blessées qui survivent est beaucoup plus élevé. Les coûts que doit
absorber le système de santé canadien pour soigner ces seuls survivants sont évalués
à 70 millions de dollars par année2.
Le premier défaut majeur de cette étude est
qu'elle ne différencie pas les détenteurs d'armes selon qu'ils les possèdent de
manière légale ou illégale. Or il n'est pas possible d'analyser de la même façon la
mortalité des criminels de celle des honnêtes gens car les comportements criminels sont
par essence enclins à la violence. Il n'est en effet pas nécessaire de faire une étude
pour découvrir que la probabilité pour un dealer de crack armé de mourrir par arme à
feu est importante.Dès lors on ne peut rien conclure de cette étude.
Parmi ce nombre, on compte des enfants et des adolescents. Les
enfants de 14 ans et moins risquent davantage d'être victimes d'une blessure ou d'un
homicide involontaire (accidentel), tandis que chez les 15 à 19 ans, pour qui les
blessures par balle constituent l'une des principales causes de décès, les suicides à
l'aide d'une arme à feu représentent la majorité des décès3.
Ce cas ne s'applique pas en France où l'obligation
de sécuriser le stockage existe. Le nombre d'accidents mortels provoqués par armes à
feu est d'ailleurs tout à fait insignifiant dans notre pays.
Les étapes du développement de l'enfant et de l'adolescent rendent
les jeunes vulnérables aux risques qu'occasionne la présence d'une arme à feu à la
maison. En effet, les études démontrent que la présence d'une telle arme accroît la
probabilité que l'adolescent réussisse une tentative de suicide à la maison4,5.
Les psychiatres affirment que la période de O à 3
ans est celle où l'enfant apprend le plus, mais aussi pendant laquelle il est le plus
vulnérable. Des épisodes de terreur, de coups, ou même de simple négligence, modifient
le cerveau de l'enfant sous l'effet d'un afflux de composés chimiques libérés par le
stress, comme l'a démontré le Dr Bruce Perry (Baylor College of Medicine) dans une
étude. « L'environnement du bébé programme le système nerveux de l'adulte et le rend
plus ou moins vulnérable au stress », déclare le biologiste Michael Meaney (McGill
University), cité par l'hebdomadaire « Newsweek ». Ces traumatismes subis pendant la
petite enfance et les humiliations couramment infligées à l'école aux adolescents
forment un cocktail explosif.
L'histoire médico-sociale de l'enfant offre donc les clés du comportement du teenager.
Ce n'est pas une affaire de gènes ou de lobes frontaux, comme l'affirmait la médecine
traditionnelle des années cinquante et soixante. Il s'agit plutôt d'un mélange de
stress et de souvenirs pénibles qui rend l'adolescent insensible à la détresse de son
prochain et incapable de compassion.
Le dépistage est donc possible. Les actes ultra violents sont souvent précédés de
signes de cruauté, envers les animaux. Ainsi en 1997, Luke Woodham, qui a tué trois
élèves de son école et en a blessé sept autres à Pearl, dans le Mississippi, avait au
préalable battu son chien à mort et brulé le corp de l'animal.
Par ailleurs, les épisodes ultra violents diffusés à la télévision peuvent affecter
le comportement futur des jeunes enfants. Or la sur-violence télévisuelle n'est apparue
qu'il y a une vingtaine d'années, ce qui correspond à l'âge actuel des nouveaux
délinquants, alors que dans le même temps, le nombre d'armes en circulation en France
est resté stable, voire a décru.
Depuis quinze ans, on s'intéresse de plus en plus au problème de
santé public posé par les décès et les blessures causés par une arme à feu. Des
études contrôlées impartiales et rigoureuses menées à l'aide de méthodologies
statistiques acceptées prouvent l'effet bénéfique d'une loi sur le contrôle des armes
à feu sur le nombre de décès causés par celles-ci6-8. Les restrictions sur les armes
à feu semblent influencer davantage la jeune population que la population plus âgée9,10. En raison de la nature plus
impulsive de leurs gestes, les jeunes semblent plus susceptibles de se laisser décourager
par l'absence de méthodes meurtrières.
Ici apparaît le défaut principal de cette étude,
que l'on retrouve d'ailleurs plus loins. En effet elle part du postulat fondé sur "des
études contrôlées impartiales et rigoureuses", que la loi sur le contrôle
des armes est bénéfique. L'étude n'a d'autre but que de le démontrer plutôt que de
savoir si ce fait est avéré. Parallèlement, parlant du suicide, elle se borne à
étudier l'outil "arme à feu", plutôt que de chercher à en dévoiler les
causes. Etonnant de la part de médecins dont on aurait pu attendre qu'ils s'appuient sur
la psychiatrie pour apporter quelques réponses.
La mortalité due aux armes à feu chez les enfants et adolescents
canadiens
Au pays, 23 % des Canadiens détiennent une arme à feu à domicile.
Ce pourcentage varie d'un minimum de 15 % in Ontario à un maximum de 67 % au Yukon
et dans les Territoires-du-Nord-Ouest11.
Ces chiffres sont très importants, car l'étude
s'appuie beaucoup sur eux pour alimenter son argumentation. Or l'étude oublie de dire que
si 23% des Canadiens détiennent une arme à feu à domicile, cela signifie que près de
60% d'entre-eux ont accès à une arme car l'accès à l'arme va au delà de son simple
détenteur. Il est ainsi raisonnable de dire que l'ensemble de la famille et certains amis
peuvent y avoir accès. L'ensemble de l'argumentaire et des pourcentages qui suivent en
dépendent.
En 1992, 153 enfants de 1 à 19 ans sont décédés des
suites d'une blessure causée par une arme à feu au Canada. La majorité (130) de ces
153 décès est survenue chez les 15 à 19 ans, à cause du nombre élevé de
suicides à l'aide d'une arme à feu (103). Ces suicides constituaient alors 11% de tous
les décès chez les 15 à 19 ans. La même année, le suicide parmi ce groupe
d'âge représentait la deuxième cause de décès en importance, et les armes à feu, la
principale méthode utilisée pour réussir une tentative de suicide. En 1992, 41% de ces
suicides étaient effectués à l'aide d'une arme à feu. Si l'on compare les diverses
causes de décès parmi la même population, on remarque que plus d'enfants sont
décédés des suites d'une blessure causée par une arme à feu qu'en raison d'une chute
accidentelle (14), d'une noyade (27) et d'un incendie (11) combinés. Le cancer (96) a
réclamé moins de victimes que les armes à feu parmi les 15 à 19 ans.
L'étude fait un amalgame permanent entre décès
par armes à feu, décès totaux, suicide totaux, suicides par arme à feu et tentatives
de suicides, de sorte qu'il est impossible d'avoir de point de repère sérieux. Il faut
donc les reprendre un à un. Parallèlement chaque partie de l'étude analyse un aspect
seulement d'une tranche d'âge donnée à une date donnée, ce qui ne permet pas
sérieusement de tirer des conclusions générales.
- En 1992, pour la tranche 15-19 ans, 41% des suicides
ayant entraînés la mort l'ont été au moyen d'une arme à feu. Or si 60% de la
population a accès à une arme, ce chiffre n'est pas étonnant. Il ne prouve pas que
l'arme favorise le suicide mais simplement que si l'on a une arme sous la main, on se
suicide plus avec elle qu'avec autre chose.
- Toutefois il serait intéressant de connaître
l'évolution du taux de suicide de cette même tranche depuis une trentaine d'années, et
de le comparer à l'évolution du % de la population ayant accès à une arme. On se
rendrait sans doute compte que ce dernier pourcentage est resté stable alors que le taux
de suicide s'est accru et l'on prouverait alors que la cause ne réside pas dans l'outil
utilisé mais ailleurs. Peut-être les jeunes ne souhaitent-ils simplement plus vivre dans
la société que les Etats leur offrent?
Sur les 23 décès survenus parmi le groupe des 1 à
14 ans, la plupart découlait d'une blessure involontaire ou d'un homicide. Si l'on
compare les décès causés par une arme à feu chez les 1 à 14 ans avec les autres
causes de décès en 1992, on s'aperçoit que le nombre de décès causés par une arme à
feu est supérieur au nombre de décès par étouffement. Plus d'enfants sont morts des
suites d'une blessure causée par une arme à feu qu'en raison d'un empoisonnement
accidentel (6) et d'une chute (10) combinés. Nous réclamons des bouchons à l'épreuve
des enfants et l'étiquetage des substances dangereuses et finançons des centres de
contrôle antipoison afin de réduire les décès par empoisonnement chez l'enfant.
De nombreux produits de consommation sont réglementés parce qu'ils
posent des dangers pour les enfants. Selon nous, les décès causés par une arme à feu
chez les jeunes enfants méritent des efforts comparables en matière de loi et
d'éducation.
On retrouve ici le postulat implicite de l'étude : La
législation sur les armes est une bonne chose; Nous nous proposons de le prouver.
Ce postulat implicite ruine en fait toute la crédibilité de l'étude. D'ailleurs ces
micro-analyses ne comportent aucune vue d'ensemble. Sur la tranche 1-14 ans, on nous parle
d'étouffements, d'empoisonnement ou de chute accidentelle, sans avoir accès à un
véritable tableau hiérarchisé des décès de cette tranche d'âge, ce qui aurait
pourtant été essentiel pour une analyse sérieuse. Aucun chiffre n'est d'ailleurs cité
pour ce qui est des décès par armes à feu.
Il faut néanmoins noter que l'argumentaire
présenté ici pour la tranche 1-14 ans ne tient pas pour la France, en raison de
l'obligation de sécurisation du stockage des armes.
Le développement de l'enfant et de l'adolescent
Les enfants
- Le développement des jeunes enfants ne leur permet pas de comprendre
la permanence et la gravité d'une blessure causée par une arme à feu. Les jeunes
enfants peuvent penser à tort qu'ils sont capables de manier une arme à feu d'une main
experte malgré leur coordination motrice déficiente et leur manque de connaissances au
sujet de l'usage sécuritaire des armes à feu. Une étude effectuée auprès d'enfants
impliqués dans des tirs accidentels démontre que souvent, les enfants ne savaient pas
l'arme chargée ou pensaient qu'il s'agissait d'une arme-jouet12. Cependant, la présence d'une
arme chargée au cran d'arrêt retiré représente le facteur décisif de ces tirs.
Le paragraphe montre clairement que "la
présence d'une arme chargée au cran d'arrêt retiré représente le facteur décisif de
ces tirs", donc des décès accidentels. Nous retrouvons ici le caractère
judicieux de la législation française qui impose la sécurisation du stockage des armes.
Toutefois, les Canadiens nous montrent que notre législation est allée trop loin, et
qu'un simple verrou de pontet (99 FF) aurait largement suffi pour réduire à néant le
nombre d'accidents chez les enfants. (un coffre fort vaut près de 2000 FF). C'est qu'en
fait la problématique accidentelle n'est que secondaire pour le législateur français.
Celui-ci a en fait voulu rendre le citoyen responsable de l'éventuel vol de son arme.
- Les enfants sont dotés d'une curiosité naturelle face aux objets
qui les entourent, en particulier des objets interdits. Quelles que soient les règles ou
l'éducation au sujet des armes à feu, les jeunes enfants ne possèdent pas le contrôle
intériorisé pour s'abstenir de jouer avec un objet tentant et interdit. Un enfant peut
agir de manière impulsive et se montrer tout à fait insouciant des conséquences
dévastatrices de ses gestes.
Ce paragraphe affirme que quelque soit leur
éducation, ils ne peuvent s'empêcher de jouer avec une arme à feu. Ce fait n'est pas
avéré. En outre, comme dit précédemment, le verrou de pontet suffit à rendre une arme
aussi inoffensive qu'un ours en peluche. Et pour se détendre un peu, je profite de ce
sujet pour attirer l'attention des pouvoir publics sur l'impérieuse nécessité, basée
sur des études statistiques éprouvées, de légiférer afin que l'acquisition et la
détention des jouets en peluche, qui sont à l'origine de nombreux étouffements chez les
enfants chaque année, soient désormais soumis à autorisation. Il serait même sans
doute souhaitable de classer désormais ces peluches en plusieurs catégories en fonction
de leur calibre notamment...
Les adolescents
- Identité et influence des camarades : Alors qu'ils
tentent de découvrir leur identité, les adolescents adoptent souvent des comportements
qu'ils perçoivent comme «adultes». La consommation de cigarettes et d'alcool en
constituent des exemples, et le maniement d'une arme peut également leur procurer une
impression de maturité. En plus de désirer se donner un air adulte, les adolescents
veulent que leurs camarades les respectent et les admirent, et l'utilisation d'une arme
peut représenter un moyen de les impressionner13.
- Sentiment d'invulnérabilité : Même si les adolescents
peuvent comprendre les dommages éventuels découlant d'un comportement téméraire, ils
ont malheureusement tendance à penser : «Ça ne m'arrivera pas à moi».
- Indépendance : Pour l'adolescent, prendre des risques
représente un moyen courant d'affirmer son indépendance. Les dommages éventuels que
peut causer une arme à feu s'avèrent de toute évidence (nous
croyions la science exempte de toute évidence?) plus élevés que toute autre
forme de risque.
- Immaturité cognitive et émotive : Il se peut que les
adolescents plus jeunes fassent partie des «penseurs concrets», incapables de
généraliser à partir de cas particuliers ou d'appliquer des généralisations à des
cas précis. Ils font ainsi preuve d'un manque de jugement par rapport à l'utilisation
des armes à feu. L'absence de contrôle joue également un rôle dans l'expérimentation
d'armes à feu.
- Abus d'intoxicants : Nombre des homicides et des suicides
causés par une arme à feu sont associés à un taux élevé d'alcool et d'autres
substances dans le sang14.
L'alcool et la drogue désinhibent quelque peu les adolescents dans leurs gestes et les
incitent à adopter des comportements plus dangereux.
Cette partie de l'étude est assez éloquente. On y
trouve, à une exception près, la description de ce que sont les adolescents depuis
toujours : influençables, indépendants, immatures cognitivement et émotivement, et se
croyant invulnérables. Or les armes à feu ne deviennent un problème depuis une
vingtaine d'année que parce qu'elles sont désormais associés à trois phénomènes :
l'abus d'intoxicants (notamment par la banalisation des drogues douces), l'abondance et la
banalisation de l'ultra-violence dans les jeux vidéos et l'audio-visuel, la démission
des parents et de l'Etat au regard de l'enseignement de la discipline.
Or apprendre le respect, la discipline et l'interdit
est d'autant plus fondamentale pour l'enfant qu'il se façonne et se structure autour de
ces principes pour le reste de sa vie. Un enfant à qui on n'a jamais interdit quoi que ce
soit, n'a pas de point de repère structurant lui permettant, quand il est plus âgé de
différencier le bien du mal. De même il ne dispose pas des armes psychologiques qui lui
permettent d'auto-censurer ses pensées et ses actes.
Les risques d'une arme à feu à la maison
Brent et ses collaborateurs, dans le JAMA (Journal of the
American Medical Association)4,
concluent ainsi : «La présence d'arme à feu à la maison, quel qu'en soit le type ou le
mode d'entreposage, semble accroître le risque de suicide chez les adolescents». Dans un
article publié dans le New England Journal of Medicine, Kellermann et Reay
démontrent que «pour chaque homicide par légitime défense au domicile à l'aide d'une
arme à feu, on compte 1,3 mort accidentelle, 4,6 homicides criminels et 37
suicides causés par une arme à feu»15.
Autrement dit, les propriétaires d'arme risquent de tuer avec leur arme 43 fois plus
dans le cadre d'une dispute conjugale, d'une tentative de suicide ou d'un accident que
pour se protéger.
Voilà une étude scientifique qui démontre des
choses en se basant sur des articles de journaux, aussi éminents soient-ils. C'est une
farce !!! Et la conclusion qui en est tiré est une farce de plus. En effet un suicide par
arme à feu est un acte personnel, donc sur et rarement manqué alors que l'utilisation
d'une arme à feu dans le cadre d'une action de légitime défense débouche rarement sur
un homicide. Et c'est heureux car l'intention première de l'arme est le plus souvent
d'effrayer. Je ne connais pas de citoyen honnête qui souhaite la mort de son prochain. Et
quand bien même l'arme serait utilisée, elle ne débouche pas non plus systématiquement
sur un décès. Il aurait donc fallu comparer le nombre de fois que l'arme est sortie pour
se défendre au nombre de fois qu'elle est sortie pour se suicider. Il aurait également
fallu mesurer le nombre de décès que l'intervention d'une arme a permi d'empêcher. A
moins que l'étude scientifique de certains chiffres ne soient politiquement incorrecte.
Les avantages d'une loi sur le contrôle des armes
Le taux de suicide au Canada a diminué dans les années suivant la
loi fédérale de 1978 sur le contrôle des armes. Les suicides ont décru de manière
plus significative chez les Canadiens de moins de 40 ans. Chez ces Canadiens plus
jeunes, le taux de suicides commis avec une arme à feu a diminué sans pour autant
s'accroître avec les autres méthodes. Ainsi, le taux de suicides total a diminué10
N'importe quel mathématicien le dirait, la
correlation établie ici entre la législation sur les armes et les suicides ne prouve pas
forcément le point. On aurait ainsi pu déterminer une corrélation équivalente avec des
jours d'ensoleillement ou constater qu'il y avait moins de suicides les jours où le
baromètre était à 1025 mb, sans pour autant qu'il y ait de relation de cause à effet.
En revanche il est évident qu'en supprimant les armes, on supprime les suicides par arme
à feu, de même qu'en supprimant les voitures, on supprime les accidents de voiture. Le
problème essentiel qui se pose est donc bien de savoir s'il est légitime de supprimer le
droit de propriété sur une arme et de réduire parallèlement la liberté individuelle
du citoyen. Ce point est fondamental et est traité dans le chapître ANALYSE. Car des médecins pourraient bien
prouver dans 20 ans que les gens à qui l'on fait passer leur vie avec des menottes
attachées dans le dos se suicident moins que les autres ; et en tirer des conclusions...
Bienvenue dans le meilleur des mondes.
L'étude de Sloan et ses collaborateurs comparant le taux de
suicides à Vancouver et Seattle prouve que parmi les plus jeunes groupes d'âge à
l'étude (15 à 24 ans), le taux de suicides à l'aide d'une arme à feu est
inférieur à Vancouver (où les lois sur le contrôle des armes s'avèrent plus strictes
qu'à Seattle)9. Même si le
taux de suicides effectués sans arme à feu est comparable dans les deux villes parmi ce
groupe, le taux de suicides total s'avère beaucoup plus faible à Vancouver parmi ce
groupe d'âge. Chez les adolescents, le suicide constitue souvent un geste impulsif, et
non le résultat d'un trouble mental chronique. L'absence d'arme meurtrière peut se
révéler un incitatif majeur pour que l'adolescent reconsidère son désir de suicide.
Par ailleurs, il peut choisir une méthode moins meurtrière, comme l'empoisonnement, et
profiter d'une intervention médicale d'urgence puis d'un traitement en santé mentale.
Mêmes remarques que précédemment.
Recommandations
- L'enregistrement de toutes les armes à feu : Selon toute
probabilité un système d'enregistrement favoriserait une utilisation et un entreposage
plus responsables des armes à feu et permettrait d'obliger un entreposage plus
sécuritaire.
Une étude récente rapporte que dans la moitié des ménages
propriétaires d'un fusil, ce dernier n'a pas servi au cours de l'année précédente11. Ces ménages remettraient
peut-être en question leur besoin d'arme à feu s'ils devaient l'enregistrer.
L'objectif ici est-il d'enregistrer toutes les
armes, ce qui nous paraît être une excellente mesure pour éradiquer le traffic et la
possession illégales d'armes ? On voit bien que non ! L'objectif implicite est de
supprimer les armes par ce moyen détourné : d'abord enregistrer les armes, puis les
supprimer quand on sait qui les possède.
À l'heure actuelle, on ne peut qu'estimer le nombre et le type
d'armes à feu en circulation au Canada. Un système d'enregistrement procurerait aux
fonctionnaires de la santé une base de données nationale essentielle pour élaborer des
méthodes de recherche visant à prévenir les décès causés par une arme à feu.
- Des restrictions supplémentaires à l'égard des armes de
poing : Les armes de poing risquent davantage d'être utilisés de manière
impulsive, en raison de leur petite taille et de leur maniabilité.
Une fois de plus on cherche à interdire, plutôt
qu'à informer, éduquer, former ou simplement trouver les mesures qui permettent d'allier
le respect de la liberté et de la propriété à un besoin d'améliorer la santé
publique.
- La mise en vigueur de normes strictes en matière d'entreposage
des armes à feu : Un adolescent ou un jeune adulte déterminé franchira presque tous
les obstacles pour se procurer une arme à feu, mais les plus jeunes se laissent
décourager plus facilement par un mode d'entreposage sécuritaire. Le scénario le plus
courant de tir accidentel chez les enfants exige la présence d'une arme à feu chargée
au cran d'arrêt retiré.
Cette mesure est pertinente. Toutefois un adolescent
ne franchira pas tous les obstacles pour se procurer une arme à feu s'il souhaite se
suicider impulsivement. L'entreposage dans un coffre fort ou la neutralisation de l'arme
par un verrou de pontet est une mesure utile et suffisante.
- L'apprentissage des dangers que représente une arme à feu à la
maison pour les propriétaires d'armes à feu : Inclure la sensibilisation au
développement dans le cadre des programmes d'entraînement à l'intention des
propriétaires d'armes qui ont des enfants et des adolescents à la maison. Ces derniers
devraient connaître les risques que les armes représentent pour leurs enfants et leurs
adolescents et savoir comment réduire ces risques au minimum.
Voilà une mesure des plus sensée! Les honnêtes
citoyens sont toujours affligés par la survenue d'un accident ou d'un suicide. Je n'en
connaît pas qui ne souhaiterait pas disposer de l'information la plus complète pour les
prévenir.
Références
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1995;86(4):250-4
- Kellermann AL, Reay DT. Protection or peril? An analysis of
firearm-related deaths in the home, N Eng J Med 1986; 314(24):1557-60
Comité de la médecine de l'adolescence
Membres : Les docteurs Eudice Goldberg, The Hospital
for Sick Children, Toronto ON; Miriam K. Kaufman (présidente et coauteur), The
Hospital for Sick Children, Toronto ON; Deborah A. Lindsay, Children's Hospital,
Winnipeg MB; Andrew Lynk (directeur responsable), Sydney NS; Larry Brian Pancer,
Markham ON; Roger Sherriff Tonkin, Sunny Hill Hospital for Children,
Vancouver BC.
Conseillers : Les docteurs Jean-Yves Frappier, Hôpital Ste-Justine,
Montréal QC; Diane Sacks, The Hospital for Sick Children, Toronto ON; Michael
Westwood, Lakeshore General Hospital, Pointe-Claire QC.
Auteur principal : Docteur Katherine A. Leonard, Toronto ON.
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