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Pourquoi tant d'incompréhension
?
Dans un article du journal
"LIBERATION" daté du 2 août 1999 et signé
Gérard THOMAS, on a pu lire sur notre sport :
" ...le parcours
de tir. Cette dernière "spécialité" consiste à toucher
rapidement plusieurs cibles qui apparaissent ou disparaissent
de manière aléatoire. Un véritable entraînement au combat destiné
aux troupes d'élite plus qu'un exercice sportif" et
plus loin cités dans l'article, les mots de Jean-Pierre AMAT :
"Il est clair qu'une majorité des pratiquants de parcours
de tir souhaitent seulement détenir et savoir se servir d'une
arme de 1ere catégorie. Rien à voir avec le sport "
En outre cet article,
qu'il serait trop long de citer dans son intégralité, ne s'attaque
pas seulement à notre discipline mais aux instances mêmes de notre
Fédération et tente (par hasard ?) de semer la zizanie chez les
tireurs sur fond d'opposition entre petits et gros calibres.
On ne peut que
regretter de voir autant d'inexactitudes et d'intolérance concentrées
sur une aussi petite surface.
Mais si l'on reste souvent sans voix devant les prises de
position inconséquentes de la presse, faut-il pour autant rester
sans réponse? Nous ne le croyons pas, car cela laisserait la porte
ouverte à toutes les dérives.
Ainsi ce journaliste, si nous ne lui expliquons pas aujourd'hui
en quoi consiste notre sport, finira sans doute un jour par écrire
dans l'un de ses brillants articles que la discipline de précision
à 10 mètres, pratiquée au meilleur niveau par Jean-Pierre AMAT,
constitue un véritable entraînement pour les snipers du Kosovo,
que la Formule 1 permet aux gangsters d'apprendre à s'échapper lors
des courses poursuites avec la Police, que la parachutisme ou la
plongée sous-marine sont des exutoires pour "commando para"
refoulés, que le lancé de javelot relève d'un instinct de meurtre,
etc...
Egalement nous ne pouvons
que lui rappeler, puisque écrire est son métier, que les mots ont
un sens et que l'emploi d'un vocabulaire précis est toujours le
meilleur garant de l'exactitude. Qu'il ne s'en offusque pas, nous
commencerons par un bref rappel de définition à l'attention de nos
internautes qui, ayant passé le plus clair de leur temps à "s'entraîner
au combat", n'ont jamais eu la chance de sortir de l'illéttrisme.
Ainsi au mot "combat", le dictionnaire universel francophone
nous renvoie la définition suivante :
Lutte
entre
deux
ou
plusieurs
personnes,
entre
deux
corps
de
troupes
; et sans doute plus important encore, la définition du mot "sport"
: Activité
physique,
qui
a
pour
but
la
compétition,
l'hygiène
ou
la
simple
distraction.
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Ambiance paramilitaire...
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Voici
donc sur ces bases, Monsieur Gérard Thomas, un petit cours sur
notre discipline (et non notre spécialité avec des guillemets)
qui vous permettra sans doute d'écrire votre prochain papier
sur nous au plus près de la réalité (si c'est bien le but que
vous vous fixez dans l'exercice de votre profession). Et pour
parfaire votre culture, nous ne saurions que vous recommander
de vous déplacer sur l'une de nos compétitions internationales
et d'y juger par vous même de l'ambiance "paramilitaire"
que vous semblez vous attendre à y voir régner. |
Avant tout, le nom
exact de notre discipline est "Tir Sportif de Vitesse".
Celle-ci est régit par les règles de l'IPSC (International Practical
Shooting Confederation).Son principe, comme tout sport, est fondé
sur l'équité entre les compétiteurs ; Il n'y a donc pas de place
pour l'aléa et vous ne pourrez ainsi jamais trouver sur nos compétitions
de "cibles qui apparaissent ou disparaissent de manière aléatoire".
Vous avez du confondre notre dicipline avec celle du "Tir Police",
réservée aux forces de l'ordre et donc sans rapport avec nous. Il
y a d'autant moins d'aléa que les compétiteurs, au contraire des
troupes d'élites, reconnaissent tous les matchs avant de les tirer
car cette reconnaissance est fondamentale pour optimiser la séquence
de tir, et donc la performance sportive.
En effet le but recherché
n'est pas de combattre mais de trouver pour chaque match, dans le
respect le plus profond de l'adversaire, le meilleur compromis entre
le temps (la vitesse) et la précision (les points), le nombre
de points marqués étant divisé par le temps réalisé pour donner
le résultat final. Toutes les cibles sont donc connues des participants
et les procédures, qui varient d'un match à l'autre, expliquées
par l'arbitre avant le passage des tireurs.
Egalement la recherche
de la performance sportive pure nous a fait rapidement (et depuis
de nombreuses années) nous éloigner des techniques du tir opérationnel.
Ainsi les tireurs IPSC ne tirent pas de biais (dans la position
"weaver" qui permet d'offrir le moins de surface d'exposition
à un ennemi) mais face aux cibles (pour aller plus vite). De même
la recherche de la vitesse pure nous amène à nous déplacer le plus
vite possible en direction des cibles, en cherchant l'axe de déplacement
qui nous permette d'en voir en permanence le plus possible. Ce qui
reviendrait, pour le RAID à s'entraîner à "avancer en terrain
découvert".
Car le point le plus
important est que l'entraînement des troupes d'élite est autant
basée sur la défense que sur l'attaque. Rien de tel
dans notre sport où les cibles ne sont jamais considérées comme
des ennemies mais comme des surfaces comportant des zones qui nous
permettent de marquer des points lorsqu'on les atteint. Vous comprendrez
aisément alors que les techniques de défense et de protection,
qui seules garantissent la survie "sur le terrain", nous
soient parfaitement inconnues.
En outre, dans le
tir sportif de vitesse, les cibles en papier (qui n'ont pas forme
humaine) doivent comporter deux impacts les plus rapprochés possibles.
C'est que l'objectif de notre discipline est également de mesurer
la capacité du compétiteur à maîtriser la puissance de son arme,
rajoutant ainsi une difficulté supplémentaire à l'épreuve. Inutile
de dire qu'avec une 22 Long Rifle, le compromis vitesse/précision
est plus facile à atteindre qu'avec une 45 ACP. C'est l'unique but
de ce point de notre règle et non la volonté de "seulement
posséder une arme de 1ère catégorie".
Dernier point, et non
des moindres, les armes que nous utilisons ne sont pas du tout
adaptées au tir opérationnel. Elles sont même à ce tir opérationnel,
ce qu'une Formule 1 est à une voiture de police banalisée. Toujours
pour améliorer la performance sportive, les armes sont préparées
à l'extrême. Les départs sont allégés au maximum dans la limite
de la sécurité et les canons équipés de compensateurs, afin de faciliter
les tirs rapprochés. Les pistolets sont équipés de visées optiques,
les holsters (presque des prothèses anatomiques) sont aux étuis
de police ce qu'une guitare est à un piano à queue. Mais surtout,
ce sont toujours des armes en simple action. Or vous ne verrez jamais
de "troupe d'élite" se doter d'une arme qui ne soit pas
toujours prète à tirer c'est-à-dire qui ne puisse être portée avec
une balle dans le canon actionnable directement en double action.
Dernier point, comme pour les formule 1, nos armes sont des objets
exigeants et fragiles, dont la fiabilité n'est garantie que dans
le cadre d'un exercice particulier: le tir sportif de vitesse. Faites-la
tomber dans la boue, dans le sable ou simplement sur le sol et vous
risquez de vous retrouver avec, en perspective, une heure de travail
pour la remettre en état de marche.
Autrement dit, et
pour conclure cette partie, si les gendarmes du GIGN s'entraînaient
comme nous, intervenaient comme on s'entraîne ou utilisaient nos
armes dans leur travail, ils ne feraient pas de vieux os.
Reste un point tout aussi important.
Vous n'avez pu vous empêcher de parler de "cowboys qui se
baladent le pistolet à la ceinture" pour désigner les tireurs
non UIT dont nous faisons partie (qui ne pratiquent pas une discipline
olympique). Sachez que notre discipline est sans doute celle où
les règles de sécurité sont les plus strictes. Ainsi vous trouverez
systématiquement un arbitre derrière chaque compétiteur en action,
et un tir en dehors de l'axe de progression défini sur un match,
même en direction d'une cible, vous vaudra d'être immédiatement
exclus de la compétition. La même exclusion s'applique si vous touchez
à votre arme vide en dehors d'une zone de sécurité prévue à cet
effet ou sans l'autorisation et la présence d'un arbitre. Ces quelques
exemples (la liste exhaustive serait trop longue à citer ici) vous
montreront s'il en est encore besoin, que se prendre pour John Wayne
dans un Western est loin de notre préoccupation.
Le TSV est donc en fait une discipline
de tir extrêmement complète, exigeante et spectaculaire qui ne pose
pas de problème de sécurité et ne trouble en rien l'ordre public.
Comme beaucoup de disciplines sportives (Biathlon, karaté, kendo,
marathon) la nôtre trouve son origine sur le terrain opérationnel
(le mot athlète vient d'ailleurs du grec athlos qui signifie
combat). Mais comme elles, le TSV s'en est vite éloigné pour ne
plus devenir qu'un exercice purement sportif et "physique,
pratiqué dans le but de la compétition et de la distraction".
Sachez enfin que les français le pratiquent
à haut niveau puisqu'avec Eric Grauffel, le dernier titre de champion
d'europe toutes catégories est revenu à notre pays ; Et qu'avec
son niveau actuel, il peut prétendre revenir des prochains championnats
du monde qui auront lieu début novembre aux Philippines, avec la
médaille d'or, ce qui constituerait une performance jamais atteinte.
Nous comprenons toutefois aisément
que notre présence puisse intellectuellement vous déranger. Cependant
nous vous rappelons que l'interdiction de ce qui ne dérange qu'intellectuellement,
est le chemin le plus direct vers la dictature. Et l'on finit souvent
par oublier que le respect d'autrui passe par la remise en cause
de ses propres intolérances. Car sinon il viendra vite un temps
où, se croyant mue par une mission céleste ou simplement dérangé
dans son confort intellectuel, chacun cherchera à interdire à l'autre
de faire ce qu'il aime, pour des raisons qui ne seront qu'émotives.
Et comment vivrons-nous alors ensembles en société?
En espérant avoir répondu
à cette soif de connaissance et de vérité, qui fait à n'en pas douter
la marque d'un grand journaliste, nous vous prions d'agréer, Monsieur
Thomas, l'expression de nos salutations respectueuses.
L'Equipe
de TIRSPORTIF
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