Utilisation
du drame de Nanterre pour attaquer les tireurs sportifs ou de
loisir
Comment
osez-vous , Monsieur Amat ?
Votre
entretien au journal Libération du 29 mars 2002 sur la
tuerie de Nanterre est sur le fond et la forme, l'exemple parfait
de l'intolérance, de la méconnaissance profonde
de votre sport, du sectarisme et de l'intéressement.
Il
passe également (volontairement ?) sous silence la législation
française qui correctement appliquée, puisqu'elle
est déjà la plus dure d'Europe, n'aurait jamais
du laisser le fou de Nanterre détenir des armes.
Il
vous sert à régler des comptes, que nous imaginons
personnels, avec certaines formes de tir, au travers d'arguments
totalement en décalage avec une réalité que
vous semblez n'avoir pas côtoyée depuis longtemps
ou jamais comprise.
Il
représente enfin l'exact contraire des valeurs que nous
prônons et que prône le sport en général.
Votre entretien cherche à diviser et à monter les
gens les uns contre les autres alors que le sport cherche à
rassembler.
Il cherche à exclure le loisir du sport au profit de la
seule compétition alors que l'immense majorité des
citoyens de notre pays pratique le sport pour la détente,
le loisir et le plaisir de partager à plusieurs une même
passion.
Mais
d'abord nous, citoyens pratiquant légalement ce sport,
tenons à présenter toutes nos condoléances
aux familles des victimes de Nanterre et à leurs proches.
Nous
croyons fermement qu'un homme comme RICHARD DURN n'aurait jamais
du détenir d'arme. D'ailleurs il les détenait illégalement
puisque les autorisations n'avaient pas encore été
renouvelées. Mais nos raisons ne sont pas celles de Monsieur
AMAT car nous n'utiliserons jamais un événement
dramatique pour essayer de diviser et servir des ambitions personnelles
inavouées. Nos condoléances sont celles du cur,
celles de la solidarité d'êtres humains avec d'autres
êtres humains face à un drame terrible et inexcusable.
1°)
Le drame de Nanterre et la législation française
sur les armes : la défaillance de l'état
Même
si nos principales sources d'informations ont été
les médias, il est désormais établi qu'un
homme comme RICHARD DURN n'aurait jamais dû détenir
d'arme car il ne remplissait pas les conditions prévues
par notre législation qui est en la matière la plus
restrictive d'Europe. Nous allons donc montrer qu'à ce
titre elle ne mérite aucun aménagement et que, correctement
appliquée, la loi d'avant 1993 aurait suffit à prévenir
le drame. Rappelons la loi et les faits :
La
législation française sur les armes
Conditions
d'obtention d'une autorisation de détention d'arme de 1ère
ou 4ème catégorie.
Pour
détenir légalement une arme de 1ère ou 4ème
catégorie (le cas de Richard DURN), le citoyen doit remplir
impérativement de nombreuses conditions :
Conditions
associatives :
1. appartenir à un club et être licencié à
la Fédération Française de Tir depuis au
moins 6 mois,
2. avoir satisfait à un contrôle de connaissances
sur la sécurité et la manipulation des armes
3. obtenir un " avis préalable " de son club,
contre signé par la FFTir pour l'obtention d'armes soumises
à autorisation de détention
4. avoir un carnet de tir à jour, c'est-à-dire avoir
effectué au moins 3 séances de tir contrôlé
au cours de l'année.
Conditions de l'administration :
- Déposer en personne à son commissariat ou à
sa gendarmerie une demande d'obtention de détention d'arme
(et non de port) correspondant à la catégorie demandée
(1ère, 4ème, etc
) pour une durée de
trois ans. Pour cela un certain nombre de papiers administratifs
sont requis.
- Subir positivement de la part de la police une enquête
psychiatrique. L'existence d'un dossier psychiatrique rendant
immédiatement impossible l'obtention d'une détention
d'arme.
- Subir positivement de la part de la police une enquête
de casier judiciaire. L'existence d'un casier judiciaire rendant
immédiatement impossible l'obtention d'une détention
d'arme.
- Subir positivement de la part de la police une enquête
de voisinage pour connaître le comportement social de l'individu
demandeur d'une arme et déceler d'éventuels actes
de violence non répertoriés.
- En cas d'obtention de l'autorisation de détention, le
tireur est convoqué personnellement pour se voir remettre
ses détentions. Il dispose alors d'un délais d'un
mois pour effectuer son acquisition, faute de quoi, il doit recommencer
la procédure depuis le début. Ceci qui prend en
moyenne de 9 à 12 mois.
- Tous les trois ans, le tireurs doit demander un renouvellement
de ses détentions. En cas de non renouvellement (défaut
de demande ou refus justifié de l'administration), il doit
se dessaisir immédiatement de ses armes, soit en les vendant,
soit en les faisant détruire, soit en les remettant à
son commissariat.
Conditions
de stockage, de port et de transport des armes détenues
légalement
Une
fois son acquisition faite, le tireur doit respecter de nombreuses
contraintes pour garder chez lui ou transporter son (ses) arme(s).
En
premier lieu le port d'une arme est interdit. Seules les forces
de l'ordre sont autorisées, dans le cadre du service, à
porter une arme. Or le port et le transport sont deux choses très
différentes, puisque le port permet une utilisation immédiate
de l'arme, contrairement au transport.
Le
transport de l'arme est très réglementé.
Le tireur ne peut en aucun cas avoir l'arme sur lui. Elle doit
être dans un sac fermé. Elle doit surtout être
munie d'un dispositif (cadena, démontage de l'arme) rendant
impossible son utilisation immédiate ou accidentelle. Elle
doit évidemment être vide.
Seul le transport entre les domicile ou entre le(s) domicile(s)
et le (ou les) stand(s) de tir est autorisé. Tous les autres
transports sont interdits.
Le
stockage de l'arme au domicile répond également
à de nombreuses contraintes. L'arme doit être notamment
entreposée dans un coffre fort (ou une armoire forte) fermé
et les munitions stockées à part de manière
également à rendre impossible son utilisation immédiate
ou accidentelle.
Le
cas de RICHARD DURN
A
de nombreux titres, RICHARD DURN se trouvait en infraction avec
la loi. Il n'aurait jamais dû obtenir d'autorisation initiale
de détention et n'aurait jamais du être en possession
de ses armes au moment des faits. Pourquoi ?
La
loi de 1993 (largement et inutilement renforcée, durcie
et compliquée depuis au seul détriment des citoyens
équilibrés) prévoyait déjà
que le prétendant à la détention ne devait
avoir aucun dossier psychiatrique. Or on sait aujourd'hui que
non seulement RICHARD DURN en avait un et qu'il était suivi
au long cours, mais qu'il avait même sorti son arme devant
son psychiatre. La délivrance d'une autorisation de détention
à cet individu était donc illégale.
Ce
ne sont donc pas des armes légales qui ont tué à
Nanterre, mais bien des armes à classer dans les statistiques
du traffic illégal, dont les chiffres ne cessent de croître
et ce, quels que soient les contraintes que nos gouvernant infligent
aux citoyens honnêtes détenteurs.
A
tous ces titres, nous refusons un nouvel aménagement de
la loi qui ne servirait à rien d'autres qu'à imposer
aux tireurs de nouvelles contraintes inutiles mais demandons qu'avec
bon sens et pragmatisme l'Etat applique simplement la loi existante.
Et
que l'Etat n'oublie pas dans son exercice que jamais aucune loi,
aussi restrictive soit elle, ne pourra prévenir l'imprévisible.
Mais qu'en revanche, la division, l'exclusion, la suppression
des libertés fondamentales et le malheur peuvent y conduire
facilement.
C'est
pourquoi, monsieur AMAT, à cause de vos comportements répétés
de sectarisme et d'intolérance et parce que vous prônez
systématiquement la suppression inutile de libertés,
nous ne vous reconnaissons aucune légitimité à
participer à une quelconque réflexion sur l'évolution
de notre législation
Fut-ce au détriment de votre carrière politique.
2°)
Votre attaque du tir de loisir et de la pratique du " gros
calibre "
Vous
dites dans votre entretien à Libération que "
il y a schématiquement deux catégories
de tireurs : le tireur sportif et le tireur de loisir.
" et plus loin vous répondez à la question
du journaliste " Ne pensez-vous
pas que l'arme du tireur devrait rester au club ? "
de la manière suivante :
" La question posée doit
être : que va-t-on faire dans un club de tir ? Et donc,
quel est l'outil adapté pour le faire ? Une législation
intelligente sur les armes devrait partir de la notion de tir,
définir le tir sportif, les types d'armes adaptés
à cette fonction et s'en tenir là. Des pistolets
22 long rifle 5 coups ont été construits, pensés
pour faire de la compétition. Le pistolet Glock utilisé
à Nanterre est une arme de guerre destinée aux armées
ou aux services de sécurité. Jamais il ne viendrait
à un tireur de compétition l'idée d'acheter
ce type d'arme. D'autres le font. Je ne me sens concerné
ni par ces gens, ni par leur armement, ni par leur pratique. Alors,
si demain j'apprends qu'il faut se limiter au calibre utilisé
dans nos disciplines, cela ne me dérangera pas. Mieux :
en défenseur des droits des tireurs sportifs de compétition,
ça m'arrangera même beaucoup... "
Ce
paragraphe, extrêmement révélateur de votre
état d'esprit, mérite vraiment que l'on s'y arrête.
Mais d'abord, répondons à la question du journaliste,
puisque vous ne l'avez pas fait.
L'arme du tireur ne peut pas rester au club car le tireur peut
notamment avoir plusieurs clubs très éloignés
les uns des autres, et parce qu'il peut participer à des
compétitions ou événements qui ont lieu dans
des clubs dont il n'est pas membre. Par extension, le tireur de
compétition ne peut pas louer ses armes à son club
pour les mêmes raisons qui font que Richard Virenque ne
loue pas un vélo sur le départ du Tour de France,
que Mika Hakinen n'emprunte pas une Forumule1 pour courir un Grand
Prix ou bien que Raphaël POIREE ne vous emprunte pas votre
carabine 300M sur les compétitions. Cela viendrait autant
à l'esprit de ces compétiteurs qu'à celui
d'un marathonien de demander à son voisin de lui prêter
ses chaussures, fussent-elles à la bonne pointure. Les
armes d'un compétiteur sont optimisées pour lui
et souvent préparées par lui.
A
vous maintenant.
Vous mettez d'abord en opposition frontale les tireurs de loisir
et les tireurs de compétition, prônant même
la suppression des armes destinées à ce premier
usage. Au delà du fait que, comme je l'ai dit en introduction,
les citoyens pratiquent en majorité un sport pour le loisir,
vous semblez oublier un peu vite que ce sont les 120.000 licenciés
de la FFTir qui financent en partie votre pratique de haut niveau,
par leur cotisation annuelle et par le poids qu'ils représentent
pour l'attribution des aides du ministère de la jeunesse
et des sports. Sans eux, vous ne disposeriez pas des budget d'entraînement
et d'encadrement dont vous bénéficiez grassement.
Sans eux, c'est-à-dire sans nous, la FFTir ne pourrait
pas vous octroyer entre-autre une prime de 250.000 FF pour vos
médailles à Sydney, ni régulièrement
de primes conséquentes pour vos succès en compétitions
internationales.
Et comme nous n'aimons pas nous faire mordre la main qui nourrit,
nous demandons donc en premier lieu à notre Fédération
de ne plus utiliser nos fonds pour vous récompenser. Car
si les champions du monde sont rares, les entraîneurs ne
le sont pas.
Pourquoi
donc, seriez-vous plus respectable que nous ?
Car
n'êtes-vous pas champion du monde 1998 de carabine 300 mètres
3 positions et entraîneur du biathlon, les deux disciplines
les plus directement issues de la guerre ? Vous qui prônez
le 22 LR comme calibre maximum autorisé, expliquez-nous
avec quel calibre vous avez si longtemps pratiqué le 300M
au plus haut niveau et à nos frais ? Expliquez-nous également
en quelle catégorie était classée votre arme
de tir 300 mètres ? N'était-ce pas une 1ère
catégorie et votre munition du .308 (une munition de guerre)
? En pratiquant le 3 positions avez-vous eu le sentiment d'assouvir
un phantasme refoulé ? Si c'est le cas nous le regrettons
pour vous et vous conseillons seulement de rendre vos armes et
d'aller consulter d'urgence un psychiatre pour résoudre
votre problème.
Nous,
en revanche, nous apprécions à sa juste valeur les
qualités requises pour pratiquer au plus haut niveau le
300 mètres. Nous savons qu'il faut être sportif de
haut niveau pour atteindre cette perfection et nous ne nous lassons
pas de ces gestes techniques maîtrisés. Comme d'ailleurs
nous adorons voir Zinedine Zidane faire une roulette incroyable
ou Michael Schumacher effectuer le dépassement parfait.
Parce que nous sommes animés par la passion et non par
la rancur. Et nous savons aussi que le 300 mètres
ou le biathlon ne sont pas des disciplines de guerre, qu'elle
en sont seulement issues au même titre que le javelot, l'arbalète,
le tir à l'arc, le marathon, etc
mais qu'elle ont
su évoluer pour devenir de véritables sports. Et
nous avons la faiblesse de penser que quitter la guerre pour le
sport est un accomplissement pour l'humanité comme nous
pensons qu'une déclaration de guerre, même verbale,
d'un seul individu à plus de 100.000 citoyens honnêtes
pour assouvir des " ambitions d'empereur " constitue
un recul indiscutable pour la Démocratie. Surtout si cette
guerre se nourrit d'inexactitudes et de désinformation.
Utiliser
Nanterre comme vous le faites pour mettre en cause le " gros
calibre " constitue une manipulation d'opportunité
tout à fait malhonnête. Vous savez comme nous que
le 22 LR tue aussi sûrement qu'une .357 magnum. Vous avez
forcément vu les résultats balistiques d'un 22LR
tirée dans un cylindre de résine d'épreuve
et les dégâts qu'elle occasionne. Vous savez comme
nous que d'autres drames, comme ceux de Cuers et de Tours, ont
été causés avec du 22LR. Mais vous n'ignorez
pas non plus que les crimes de sang perpétrés par
des tireurs licenciés FFTir représentent l'exception
et que le taux de criminalité calculé sur les 140.000
licenciés frôle le zéro alors qu'il est significatif
sur l'ensemble de la population de notre pays.
Mais
une fois de plus c'est vous qui, prônant la division, la
discorde et l'affrontement êtes moteur de violence. Aimez
donc votre prochain comme vous-même et votre prochain vous
le rendra. Et si vous ne pouvez l'aimer, ne l'agressez pas et
il vous respectera.
3°) Vos ambitions avouées à
demi-mots
Vous
dites enfin dans votre entretien que " si
la législation doit évoluer un jour, je souhaite
être associé à la réflexion qui s'engagera.
" Est-ce à dire que vous souhaitez vous placer
politiquement ? Si c'est le cas, vous n'avez aucune des qualités
requises. Un homme politique est avant tout au service des citoyens.
Il doit être sensible au respect des libertés fondamentales
de ceux qu'il sert, il doit être homme de dialogue, c'est-à-dire
qu'il doit demander puis savoir écouter, il doit aimer
son prochain pour bien le servir, il ne doit tomber qu'à
regret dans la facilité de l'interdiction et il doit toujours
aborder les problèmes qu'il rencontre avec la plus stricte
honnêteté intellectuelle.
Votre
entretien en plus d'être imprécis, est partial et
sectaire (nous recommandons d'ailleurs à l'ancien champion
de 10 mètres que vous êtes de se remettre à
la précision avant de prétendre s'engager sur une
compétition dans ce nouveau métier qu'est pour vous
la politique). Or un groupe de réflexion est là
pour réfléchir sans préjugés. Vous
en êtes incapable.
Alors
nous, 140.000 tireurs licenciés, refusons que vous en soyez.
Bien
à vous.
L'Equipe
de Tirsportif
http://www.tirsportif.com