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  •  Voir aussi : Le Journal Libération a déjà sévi contre nous en 1999 (Lire l'article >>)
  •  Voir aussi : La réponse d'Eric Grauffel, Champion du Monde IPSC, à Jean-Pierre Amat (Lire l'article >>)

 

Utilisation du drame de Nanterre pour attaquer les tireurs sportifs ou de loisir

 

Comment osez-vous , Monsieur Amat ?

 

Votre entretien au journal Libération du 29 mars 2002 sur la tuerie de Nanterre est sur le fond et la forme, l'exemple parfait de l'intolérance, de la méconnaissance profonde de votre sport, du sectarisme et de l'intéressement.

Il passe également (volontairement ?) sous silence la législation française qui correctement appliquée, puisqu'elle est déjà la plus dure d'Europe, n'aurait jamais du laisser le fou de Nanterre détenir des armes.

Il vous sert à régler des comptes, que nous imaginons personnels, avec certaines formes de tir, au travers d'arguments totalement en décalage avec une réalité que vous semblez n'avoir pas côtoyée depuis longtemps ou jamais comprise.

Il représente enfin l'exact contraire des valeurs que nous prônons et que prône le sport en général.
Votre entretien cherche à diviser et à monter les gens les uns contre les autres alors que le sport cherche à rassembler.
Il cherche à exclure le loisir du sport au profit de la seule compétition alors que l'immense majorité des citoyens de notre pays pratique le sport pour la détente, le loisir et le plaisir de partager à plusieurs une même passion.

Mais d'abord nous, citoyens pratiquant légalement ce sport, tenons à présenter toutes nos condoléances aux familles des victimes de Nanterre et à leurs proches.

Nous croyons fermement qu'un homme comme RICHARD DURN n'aurait jamais du détenir d'arme. D'ailleurs il les détenait illégalement puisque les autorisations n'avaient pas encore été renouvelées. Mais nos raisons ne sont pas celles de Monsieur AMAT car nous n'utiliserons jamais un événement dramatique pour essayer de diviser et servir des ambitions personnelles inavouées. Nos condoléances sont celles du cœur, celles de la solidarité d'êtres humains avec d'autres êtres humains face à un drame terrible et inexcusable.

1°) Le drame de Nanterre et la législation française sur les armes : la défaillance de l'état

Même si nos principales sources d'informations ont été les médias, il est désormais établi qu'un homme comme RICHARD DURN n'aurait jamais dû détenir d'arme car il ne remplissait pas les conditions prévues par notre législation qui est en la matière la plus restrictive d'Europe. Nous allons donc montrer qu'à ce titre elle ne mérite aucun aménagement et que, correctement appliquée, la loi d'avant 1993 aurait suffit à prévenir le drame. Rappelons la loi et les faits :

La législation française sur les armes

Conditions d'obtention d'une autorisation de détention d'arme de 1ère ou 4ème catégorie.

Pour détenir légalement une arme de 1ère ou 4ème catégorie (le cas de Richard DURN), le citoyen doit remplir impérativement de nombreuses conditions :

Conditions associatives :
1. appartenir à un club et être licencié à la Fédération Française de Tir depuis au moins 6 mois,
2. avoir satisfait à un contrôle de connaissances sur la sécurité et la manipulation des armes
3. obtenir un " avis préalable " de son club, contre signé par la FFTir pour l'obtention d'armes soumises à autorisation de détention
4. avoir un carnet de tir à jour, c'est-à-dire avoir effectué au moins 3 séances de tir contrôlé au cours de l'année.
Conditions de l'administration :
- Déposer en personne à son commissariat ou à sa gendarmerie une demande d'obtention de détention d'arme (et non de port) correspondant à la catégorie demandée (1ère, 4ème, etc…) pour une durée de trois ans. Pour cela un certain nombre de papiers administratifs sont requis.
- Subir positivement de la part de la police une enquête psychiatrique. L'existence d'un dossier psychiatrique rendant immédiatement impossible l'obtention d'une détention d'arme.
- Subir positivement de la part de la police une enquête de casier judiciaire. L'existence d'un casier judiciaire rendant immédiatement impossible l'obtention d'une détention d'arme.
- Subir positivement de la part de la police une enquête de voisinage pour connaître le comportement social de l'individu demandeur d'une arme et déceler d'éventuels actes de violence non répertoriés.
- En cas d'obtention de l'autorisation de détention, le tireur est convoqué personnellement pour se voir remettre ses détentions. Il dispose alors d'un délais d'un mois pour effectuer son acquisition, faute de quoi, il doit recommencer la procédure depuis le début. Ceci qui prend en moyenne de 9 à 12 mois.
- Tous les trois ans, le tireurs doit demander un renouvellement de ses détentions. En cas de non renouvellement (défaut de demande ou refus justifié de l'administration), il doit se dessaisir immédiatement de ses armes, soit en les vendant, soit en les faisant détruire, soit en les remettant à son commissariat.

Conditions de stockage, de port et de transport des armes détenues légalement

Une fois son acquisition faite, le tireur doit respecter de nombreuses contraintes pour garder chez lui ou transporter son (ses) arme(s).

En premier lieu le port d'une arme est interdit. Seules les forces de l'ordre sont autorisées, dans le cadre du service, à porter une arme. Or le port et le transport sont deux choses très différentes, puisque le port permet une utilisation immédiate de l'arme, contrairement au transport.

Le transport de l'arme est très réglementé. Le tireur ne peut en aucun cas avoir l'arme sur lui. Elle doit être dans un sac fermé. Elle doit surtout être munie d'un dispositif (cadena, démontage de l'arme) rendant impossible son utilisation immédiate ou accidentelle. Elle doit évidemment être vide.
Seul le transport entre les domicile ou entre le(s) domicile(s) et le (ou les) stand(s) de tir est autorisé. Tous les autres transports sont interdits.

Le stockage de l'arme au domicile répond également à de nombreuses contraintes. L'arme doit être notamment entreposée dans un coffre fort (ou une armoire forte) fermé et les munitions stockées à part de manière également à rendre impossible son utilisation immédiate ou accidentelle.

Le cas de RICHARD DURN

A de nombreux titres, RICHARD DURN se trouvait en infraction avec la loi. Il n'aurait jamais dû obtenir d'autorisation initiale de détention et n'aurait jamais du être en possession de ses armes au moment des faits. Pourquoi ?

La loi de 1993 (largement et inutilement renforcée, durcie et compliquée depuis au seul détriment des citoyens équilibrés) prévoyait déjà que le prétendant à la détention ne devait avoir aucun dossier psychiatrique. Or on sait aujourd'hui que non seulement RICHARD DURN en avait un et qu'il était suivi au long cours, mais qu'il avait même sorti son arme devant son psychiatre. La délivrance d'une autorisation de détention à cet individu était donc illégale.

Ce ne sont donc pas des armes légales qui ont tué à Nanterre, mais bien des armes à classer dans les statistiques du traffic illégal, dont les chiffres ne cessent de croître et ce, quels que soient les contraintes que nos gouvernant infligent aux citoyens honnêtes détenteurs.

A tous ces titres, nous refusons un nouvel aménagement de la loi qui ne servirait à rien d'autres qu'à imposer aux tireurs de nouvelles contraintes inutiles mais demandons qu'avec bon sens et pragmatisme l'Etat applique simplement la loi existante.

Et que l'Etat n'oublie pas dans son exercice que jamais aucune loi, aussi restrictive soit elle, ne pourra prévenir l'imprévisible. Mais qu'en revanche, la division, l'exclusion, la suppression des libertés fondamentales et le malheur peuvent y conduire facilement.

C'est pourquoi, monsieur AMAT, à cause de vos comportements répétés de sectarisme et d'intolérance et parce que vous prônez systématiquement la suppression inutile de libertés, nous ne vous reconnaissons aucune légitimité à participer à une quelconque réflexion sur l'évolution de notre législation…

… Fut-ce au détriment de votre carrière politique.

2°) Votre attaque du tir de loisir et de la pratique du " gros calibre "

Vous dites dans votre entretien à Libération que " il y a schématiquement deux catégories de tireurs : le tireur sportif et le tireur de loisir. " et plus loin vous répondez à la question du journaliste " Ne pensez-vous pas que l'arme du tireur devrait rester au club ? " de la manière suivante :
" La question posée doit être : que va-t-on faire dans un club de tir ? Et donc, quel est l'outil adapté pour le faire ? Une législation intelligente sur les armes devrait partir de la notion de tir, définir le tir sportif, les types d'armes adaptés à cette fonction et s'en tenir là. Des pistolets 22 long rifle 5 coups ont été construits, pensés pour faire de la compétition. Le pistolet Glock utilisé à Nanterre est une arme de guerre destinée aux armées ou aux services de sécurité. Jamais il ne viendrait à un tireur de compétition l'idée d'acheter ce type d'arme. D'autres le font. Je ne me sens concerné ni par ces gens, ni par leur armement, ni par leur pratique. Alors, si demain j'apprends qu'il faut se limiter au calibre utilisé dans nos disciplines, cela ne me dérangera pas. Mieux : en défenseur des droits des tireurs sportifs de compétition, ça m'arrangera même beaucoup... "

Ce paragraphe, extrêmement révélateur de votre état d'esprit, mérite vraiment que l'on s'y arrête. Mais d'abord, répondons à la question du journaliste, puisque vous ne l'avez pas fait.
L'arme du tireur ne peut pas rester au club car le tireur peut notamment avoir plusieurs clubs très éloignés les uns des autres, et parce qu'il peut participer à des compétitions ou événements qui ont lieu dans des clubs dont il n'est pas membre. Par extension, le tireur de compétition ne peut pas louer ses armes à son club pour les mêmes raisons qui font que Richard Virenque ne loue pas un vélo sur le départ du Tour de France, que Mika Hakinen n'emprunte pas une Forumule1 pour courir un Grand Prix ou bien que Raphaël POIREE ne vous emprunte pas votre carabine 300M sur les compétitions. Cela viendrait autant à l'esprit de ces compétiteurs qu'à celui d'un marathonien de demander à son voisin de lui prêter ses chaussures, fussent-elles à la bonne pointure. Les armes d'un compétiteur sont optimisées pour lui et souvent préparées par lui.

A vous maintenant.
Vous mettez d'abord en opposition frontale les tireurs de loisir et les tireurs de compétition, prônant même la suppression des armes destinées à ce premier usage. Au delà du fait que, comme je l'ai dit en introduction, les citoyens pratiquent en majorité un sport pour le loisir, vous semblez oublier un peu vite que ce sont les 120.000 licenciés de la FFTir qui financent en partie votre pratique de haut niveau, par leur cotisation annuelle et par le poids qu'ils représentent pour l'attribution des aides du ministère de la jeunesse et des sports. Sans eux, vous ne disposeriez pas des budget d'entraînement et d'encadrement dont vous bénéficiez grassement. Sans eux, c'est-à-dire sans nous, la FFTir ne pourrait pas vous octroyer entre-autre une prime de 250.000 FF pour vos médailles à Sydney, ni régulièrement de primes conséquentes pour vos succès en compétitions internationales.
Et comme nous n'aimons pas nous faire mordre la main qui nourrit, nous demandons donc en premier lieu à notre Fédération de ne plus utiliser nos fonds pour vous récompenser. Car si les champions du monde sont rares, les entraîneurs ne le sont pas.

Pourquoi donc, seriez-vous plus respectable que nous ?

Car n'êtes-vous pas champion du monde 1998 de carabine 300 mètres 3 positions et entraîneur du biathlon, les deux disciplines les plus directement issues de la guerre ? Vous qui prônez le 22 LR comme calibre maximum autorisé, expliquez-nous avec quel calibre vous avez si longtemps pratiqué le 300M au plus haut niveau et à nos frais ? Expliquez-nous également en quelle catégorie était classée votre arme de tir 300 mètres ? N'était-ce pas une 1ère catégorie et votre munition du .308 (une munition de guerre) ? En pratiquant le 3 positions avez-vous eu le sentiment d'assouvir un phantasme refoulé ? Si c'est le cas nous le regrettons pour vous et vous conseillons seulement de rendre vos armes et d'aller consulter d'urgence un psychiatre pour résoudre votre problème.

Nous, en revanche, nous apprécions à sa juste valeur les qualités requises pour pratiquer au plus haut niveau le 300 mètres. Nous savons qu'il faut être sportif de haut niveau pour atteindre cette perfection et nous ne nous lassons pas de ces gestes techniques maîtrisés. Comme d'ailleurs nous adorons voir Zinedine Zidane faire une roulette incroyable ou Michael Schumacher effectuer le dépassement parfait. Parce que nous sommes animés par la passion et non par la rancœur. Et nous savons aussi que le 300 mètres ou le biathlon ne sont pas des disciplines de guerre, qu'elle en sont seulement issues au même titre que le javelot, l'arbalète, le tir à l'arc, le marathon, etc… mais qu'elle ont su évoluer pour devenir de véritables sports. Et nous avons la faiblesse de penser que quitter la guerre pour le sport est un accomplissement pour l'humanité comme nous pensons qu'une déclaration de guerre, même verbale, d'un seul individu à plus de 100.000 citoyens honnêtes pour assouvir des " ambitions d'empereur " constitue un recul indiscutable pour la Démocratie. Surtout si cette guerre se nourrit d'inexactitudes et de désinformation.

Utiliser Nanterre comme vous le faites pour mettre en cause le " gros calibre " constitue une manipulation d'opportunité tout à fait malhonnête. Vous savez comme nous que le 22 LR tue aussi sûrement qu'une .357 magnum. Vous avez forcément vu les résultats balistiques d'un 22LR tirée dans un cylindre de résine d'épreuve et les dégâts qu'elle occasionne. Vous savez comme nous que d'autres drames, comme ceux de Cuers et de Tours, ont été causés avec du 22LR. Mais vous n'ignorez pas non plus que les crimes de sang perpétrés par des tireurs licenciés FFTir représentent l'exception et que le taux de criminalité calculé sur les 140.000 licenciés frôle le zéro alors qu'il est significatif sur l'ensemble de la population de notre pays.

Mais une fois de plus c'est vous qui, prônant la division, la discorde et l'affrontement êtes moteur de violence. Aimez donc votre prochain comme vous-même et votre prochain vous le rendra. Et si vous ne pouvez l'aimer, ne l'agressez pas et il vous respectera.


3°) Vos ambitions avouées à demi-mots

Vous dites enfin dans votre entretien que " si la législation doit évoluer un jour, je souhaite être associé à la réflexion qui s'engagera. " Est-ce à dire que vous souhaitez vous placer politiquement ? Si c'est le cas, vous n'avez aucune des qualités requises. Un homme politique est avant tout au service des citoyens. Il doit être sensible au respect des libertés fondamentales de ceux qu'il sert, il doit être homme de dialogue, c'est-à-dire qu'il doit demander puis savoir écouter, il doit aimer son prochain pour bien le servir, il ne doit tomber qu'à regret dans la facilité de l'interdiction et il doit toujours aborder les problèmes qu'il rencontre avec la plus stricte honnêteté intellectuelle.

Votre entretien en plus d'être imprécis, est partial et sectaire (nous recommandons d'ailleurs à l'ancien champion de 10 mètres que vous êtes de se remettre à la précision avant de prétendre s'engager sur une compétition dans ce nouveau métier qu'est pour vous la politique). Or un groupe de réflexion est là pour réfléchir sans préjugés. Vous en êtes incapable.

Alors nous, 140.000 tireurs licenciés, refusons que vous en soyez.

Bien à vous.

L'Equipe de Tirsportif
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